Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Publié le 12 Mars 2014

Bonjour !

 

Réveil traaannnquilouuuu à 10h, j’peux prendre mon temps, c’est super. Le bon côté de rester 2 nuits au lieu d’une dans chaque ville. J’ai beaucoup de temps à tuer avant de check-in, donc je vais voir la fameuse allée des temples de Nagasaki.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6
Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Ca fait de belles photos, mais en vrai, ils étaient tous fermés sauf deux, dont un payant. Direction le centre-ville « vivant » pour déjeuner. Bon, je confirme, la moyenne d’âge est bien plus élevée que les grandes villes où j’ai déjà mis les pieds. Aussi, il y a beaucoup plus de monde, c’est déjà ça. Par contre, là encore, je commence à halluciner : les deux restaurants conseillés par les guides sont fermés. C’est quoi cette ville ?! C’est triste, mais je finis au Mac Do. Le burger à 70cts il y va, et au pire ça me fera un gouter (ça m’a fait un gouter \o/). C’est pas tout ça, mais je suis venu à Nagasaki pour quelque chose de bien précis.

Je descends du tram, et me dirige vers l’hypocentre de l’explosion. Un monolithe noir se dresse 500 mètres sous le lieu de l’explosion. On me parlait d’explosion nucléaire, dans ma tête c’était effectivement drame et désolation. Mais là, ces notions viennent de franchir une frontière. C’est réel, c’est ici !

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Le pan restant d’une cathédrale a été repositionné juste à côté du monolithe, pour montrer la force de l’explosion 500 mètres plus loin. Il fait chaud, un léger vent souffle, et rien. La route n’est qu’à 100 mètres, mais je ne l’entends pas. C’est comme si la vie s’était arrêtée ici. Un peu plus loin, le sol de l’époque, après l’explosion, est présenté derrière une vitre.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

C’est un chaos de tuiles et verres fondus. Et il y a une plaque contre un mur, à côté de la rivière, avec un témoignage.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

J’ai traversé le pont de Matsuyama à moitié détruit au-dessus de la rivière Shimono. Il y avait tellement de corps dessous qu’ils formaient un barrage dans le courant ! C’était comme une vision de l’Apocalypse, un enfer vivant sur terre. Il n’y avait pas un nuage dans le ciel au-delà, mais la terre au-dessous était un paysage de carnage et de destruction.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Je monte ensuite un escalier pour me rendre au musée de la bombe atomique de Nagasaki. Il fait encore plus chaud, plus lourd, sous le dôme en verre où un escalier en colimaçon, le long du mur, me descend au sous-sol. Il y a des centaines d’origamis de cygnes tout le long : un signe de paix dans la culture nippone. Il fait sombre. J’entends au loin les tic tac d’une horloge, comme pour signifier cet instant insoutenable avant le drame, ou encore que non, le monde ne s’est pas arrêté de tourner. Ou peut-être les deux.

Les premières pièces exposées font un résumé des évènements pour les plus ignorants du groupe, et au détour d’un couloir…

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

11 :02. Heure de l’explosion, le 9 août 1945. Le temps s’est arrêté pour des centaines de milliers de personnes finalement, mais je n’en ai pas encore conscience. Pas encore. La salle suivante me montre les dégâts matériels.

En haut : avant. En bas : un mois après.
En haut : avant. En bas : un mois après.

En haut : avant. En bas : un mois après.

Des structures d’aciers tordus. Du verre fondu. Des pierres brulées. Des écrans diffusent des photos d’après l’attaque. C’est pesant. C’est dur. C’est vraiment dur à regarder. Plus loin, une salle montre les effets directs de l’explosion, ainsi qu’une frise chronologique relatant les discussions chez les Alliés sur la nécessité de bombarder le Japon. Sur un rayon d’un kilomètre, la température est montée jusqu’à 2000°C pendant 3 secondes, 2 kilomètres et 600°C, ce qui a ravagé un tiers de la ville en incendie. A cela il faut ajouter le souffle de l’explosion : il a atteint 3,8km 10 secondes après la détonation, 11km en 30 secondes. Enfin, les dommages invisibles de l’extérieur, ces dégâts qui sont directement rentrés dans l’organisme : les radiations. Elles ont tué 100% des personnes qui étaient à l’extérieur dans un rayon d’un kilomètre. Beaucoup d’objets étaient exposés pour montrer les effets de la vague de chaleur. Mais la plupart des corps directement à l’hypocentre sont supposés avoir été réduits en cendre instantanément.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Des tuiles en céramiques dont la surface a commencé à bouillir, du verre fondue, des tôles déformés voir méconnaissables, du bois brulés. Ce qui m’a le plus marqué :

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

La vague de chaleur est comme la lumière : quand des objets l’occultent, elle forme une ombre.

Après les dégâts matériels, les pertes humaines. J’ai pris quelques clichés qui peuvent faire un choc, et elles resteront sur la Dropbox, dans un dossier à part. J’ai pu voir des corps d’enfants brulés, des enfants morts à côté de leur mère, une tête tant brulée qu’on y voit le crâne. Ils ont même trouvé une bouteille en verre qui avait fondu autour de la main d’une personne, y dévoilant ses os. Des vêtements sont aussi exposés, avec des traces de brulures et de sang. C’est une réalité de ce qu’il s’est passé. Ce ne sont plus des mots, mais des dommages, du sang et des larmes. Une partie sur les effets, toujours incompris, des radiations clos cette salle. D’effets immédiats, comme diarrhée, nausée, mort, certains prennent plus de temps, comme la perte de cheveux une semaine plus tard. Et chronologiquement, viennent les cataractes, puis les leucémies, et enfin d’autres types de cancers. Les bébés de 6 à 12 semaines in-utero sont mis au monde avec des déformations comme une toute petite tête par rapport au corps. Toujours dans l’obscurité feutrée, je rentre dans une nouvelle salle, celle-ci présentant les témoignages des victimes.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

Ma petite sœur de deux ans criait de façon hystérique, piégée sous la maison qui s’était écroulée. La poutre était si lourde. Les marins ont essayé de la soulever, mais sont repartis en disant « Ca ne sert à rien ». Soudain, je vois quelqu’un courir vers moi. C’était une femme. Elle était nue et son corps avait tourné au viomet. « Maman ! ». Maintenant on pensait que tout irait bien. Notre voisin avait essayé de soulever la poutre, mais elle n’a pas bougé d’un pouce. « C’est impossible », dit-il. « On ne peut juste rien y faire ». Il se prosterne très bas pour s’excuser and s’en va. L’incendie approchait rapidement. Maman était pâle. Elle baisse la tête, et ma sœur croise son regard avec des yeux remplis de peur. Maman parcourt la poutre du regard à nouveau, puis met son épaule dessous et pousse de toutes ses forces vers le haut. Avec un craquement, la poutre bouge, et ma sœur peut libérer ses jambes. Mais Maman s’écroule sur le sol, épuisée. Elle était dans les champs à ramasser des aubergines pour le déjeuner quand la bombe a explosé. Ses cheveux étaient rouges et frisés. Sa peau était brulée et pourrissait sur tout son corps. La peau s’est déchirée à l’endroit même où elle avait poussé sur la poutre. On voyait le muscle et le sang ne s’arrêtait pas de couler. Elle n’a pas tardé à agoniser de douleur, et est morte dans la nuit.

Michiko Ogino, 10 ans au moment du bombardement

 

Tous les autres témoignages sont dans cette veine.

Enfin, il y a un peu de lumière. La salle suivante en est baignée. Elle retrace l’après-guerre, avec le développement des armes atomiques. Une musique douce joue en fond. Ça me permet de me libérer du poids de la dernière heure. Il fait moins chaud aussi. A plusieurs endroits, il y a des œuvres d’enfants prônant la paix, tout en couleur.

Le mercredi 12 mars 2014 – Jour 6

La visite est terminée. Je vais aller voir le parc de la Paix un peu plus loin, puis aller check-in à l’hostel pour ma deuxième nuit, à Nagasaki.

Rédigé par Rynne

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B
Je suis triste que tu y sois allé, tu dois être dans un de ses états ! Mon pauvre amour ! J'ai pleuré rien qu'en lisant l'article alors j'imagine ta réaction ...
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R
C'est bien, Oliv.
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D
C'est triste ! et bien relaté !<br /> <br /> Cà nous replonge dans &quot;La nuit des lucioles&quot; dont le drame se passait à Kobé.<br /> <br /> Bises de ta grand-mère.
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